Café Philo sur le thème de La Justice

Bibliothèque Henri Cartier-Bresson – lundi 3 février 2020

Après notre cycle de lectures de quelques œuvres de Victor Hugo, nous avons choisi de poursuivre la réflexion en demandant à Edith Perstunski-Deléage, philosophe et bénévole à Lire C’est Vivre, d’animer un café philo. Avec les détenus, nous avons retenu trois thèmes : la liberté, la justice et la démocratie. C’est la justice qu’elle a choisi de développer.

S’appuyant sur quelques épisodes des Misérables, elle a d’emblée posé la question : qu’est-ce qui est « juste » ? La séquence du vol de deux chandeliers par Jean Valjean, disculpé par l’évêque Myriel, amène à poser la question : est-ce juste ? est-ce équitable ? Plus loin dans le roman, Jean Valjean se cache sous l’identité de Monsieur Madeleine, bienveillant et bienfaisant : doit-il se livrer à la justice pour sauver un innocent ? La justice doit-elle punir toujours, ou être charitable ? Autour du personnage de Marius, impliqué dans la révolution de 1830, une autre question se
pose : est-ce que à la violence de la société il est légitime d’opposer une même violence ? La réflexion s’est donc orientée autour de trois points :

1. Légalité et Légitimité

La justice, c’est ce qui est conforme à la loi, mais parfois il y a un décalage entre la justice et la loi. Rousseau pensait que seul un dieu pouvait assurer aux hommes un ordre vraiment juste : en-dehors d’un recours à une divinité, il est difficile d’établir des lois justes. Kant parlait de l’ « insociable sociabilité des hommes » : seule la contrainte des lois permet de dépasser l’égoïsme fondamental des hommes. La règle c’est pour quelqu’un, la loi c’est tous. Au XIXe siècle des sociologues ont montré que la cause des lois résidait dans l’état de la société : celles-ci évoluent donc avec les sociétés.

2. Justice et Équité

Aristote envisageait la contingence des situations particulières : on fait bouger les lois pour que le légitime devienne légal.

3. Justice et Charité

La notion de Charité n’est pas que chrétienne, elle est aussi un des cinq piliers de l’Islam. Comment punir ? Est-ce œil pour œil ? Le jugement de Salomon dit autre chose. Beccaria, au XVIIIe siècle prônait la proportionnalité des peines et des délits. Pour Badinter, de nos jours, il ne faut pas punir pour se venger.
Une discussion vraiment passionnée s’est engagée : la justice est un thème qui ici ne laisse personne indifférent !

Rose-Marie Godier

animatrice du cercle de lecture du bâtiment D4