Eric Auvray

comédien L’atelier de lecture à voix haute au D3

Le travail de l’atelier-théâtre intervient en complément du travail des groupes de lecture qui ont lieu tout le long de l’année dans les bâtiments de Fleury-Mérogis. Sans ce travail au long cours, le travail d’atelier ne pourrait se développer. L’atelier est là pour redonner de l’énergie aux groupes de lecture, pour aider les participants à s’investir dans leur démarche de lecteurs, à trouver d’autres axes d’approche de la lecture, à sentir la valeur organique d’un texte, la puissance des émotions exprimées par les auteurs, à expérimenter l’expression d’une pensée soutenue par le souffle et le corps en relation avec d’autres personnes.

Le premier contact avec le groupe des participants dans un bâtiment a lieu accompagné par l’animateur du groupe de lecture. Il est à cette occasion nécessaire de créer une relation de confiance et d’établir un dialogue dès le premier moment. Cette rencontre est sous le signe de la détente et du dialogue. L’atelier permettra d’agir avec les autres, de s’exprimer, de découvrir des textes forts, de rire des inventions des autres. On interprétera et mettra en scène des textes de théâtre mais aussi passer par la forme de l’interview, de la bande dessinée, du sketch.

Les auxiliaires de bibliothèque sont des relais importants. Etant détenus, ils ont la responsabilité de la bibliothèque dans le bâtiment. Ils aident à créer la cohésion du groupe. La présence des participants fluctue, cela est dû aux parloirs, aux médecins, aux convocations avec les avocats. Il faut reprendre le travail commencé avec une autre personne, se concentrer sur les œuvres, donner l’énergie à un texte. Il y a toujours un groupe, passionné, réuni autour de l’auxiliaire de bibliothèque. Les aléas du milieu carcéral n’empêchent pas le groupe de s’approprier les textes avec plaisir.

Le travail d’improvisation et de jeu sur le langage aident à cette appropriation et provoquent le rire. Au centre des rapports humains, le respect de chacun. L’animateur induit ce respect. Pour assumer l’expression de ses émotions, chacun doit se sentir en confiance dans un milieu où il est difficile de se montrer vulnérable. Une recherche de vérité chez les détenus caractérise ce travail ainsi qu’un grand sérieux. Les personnes sont d’une grande tolérance les uns vis à vis des autres. Le détenu roumain ne possédant pas la langue française tient à lire le livre culte de son pays, une histoire de jeune fille dans un couvent au Moyen – âge. Il a une telle passion malgré une lecture chaotique que tous respectent sa lecture, ils se basent sur les rythmes de la langue pour saisir le sens et les émotions. Il n’y a pas de faux semblants, chacun donne le meilleur de soi- même. Faire appel à la théorie, est-ce possible ? Oui, si c’est utile et justifié. Même, il y a un grand besoin de connaissances, d’ouverture, de compréhension des mouvements esthétiques, d’éclairage sur l’histoire.

L’atelier dure une semaine et c’est toujours trop peu. Parfois 10 jours, et c’est mieux. En se quittant, je formule un souhait ; que celui qui a partagé cette expérience de l’atelier retourne vers les mots ; que ce moment d’échanges puisse être comblé par la littérature. On sait dès le début que le travail débouche sur une restitution. Des personnes de « Lire c’est vivre » seront présentes, parfois des surveillants, le directeur du bâtiment.

A la fin du stage de Toussaint 2018, la restitution du D3 s’est déroulée ainsi :
Le Menteur (Cocteau)
Le Prophète (Gibran)
Interview : Brel, Ferré, Brassens.
Tribunal (sketch avec tous les participants)
Cyrano (tartelettes amandines- tous)
Rostand Harpagon (Au voleur !)
Molière
Improvisation (vacances en Tunisie-douane-musée-hôtel)